Chapitre X - La formation des laics







Chapitre X


La formation des laïcs à leur apostolat

Sans séminaire, pas de prêtres !


Evidemment, il ne suffit pas de chercher et de susciter des apôtres ! Il faudra toujours les former. Jamais je n'ai trouvé un militant tout fait. Et de plus, il faut les faire « avec ce qu'on a », avec les gens tels qu'ils sont ; tout comme on l'a fait avec nous, tout comme le Christ l'a fait avec ses propres compagnons d'apostolat.

L'Église impose douze années de formation à ceux qui se destinent au sacerdoce, avant de les envoyer dans le monde à évangéliser. Serions-nous assez irresponsables pour croire que le laïc, lui, peut être envoyé dans le monde - un monde indifférent, souvent hostile, parfois corrompu et de plus en plus païen - sans une formation solide et profonde ? Je suis convaincu que, sans cela, d lui est impossible de faire face aux situations qu'il rencontre dans les milieux non-chrétiens.

A fortiori en a-t-il besoin si l'Église lui demande, de transformer le monde paganisé, de le sanctifier, de le consacrer pour la gloire de Dieu. Car enfin, c'est là sa vision explicite de laïc, et comment voudrions-nous qu'il emplisse s'il n'y est préparé ?

Toute comme il n'y a pas de prêtre sans séminaire, pas de religieux sans noviciat, pas de médecin sans université, pas de tourneur sans école technique, il n'y a pas d'apôtre laïc sans une formation spécifique. Une sorte de séminaire laïc, sous une forme parfaitement adaptée à la vie, est nécessaire si l'on veut rendre les chrétiens capables de sauver le monde.

Entendons-nous bien : je ne parle pas de former des spécialistes de l'apostolat, comme pourraient l'être des dirigeants « full-time », comme l'Unesco peut former des experts en Education de Base. Non, je parle ici de tous les apôtres laïcs, quels qu'ils soient, œuvrant tout simplement comme témoins dans le secteur limité de vie humaine où le Seigneur les a placés. Ceux qui réalisent ce qu'on appelle habituellement aujourd'hui l'apostolat « à la base », dans leur vie journalière ; ceux dont on dit : « Ils n'ont pas le temps » et qui doivent apprendre à transformer tout leur temps en un temps apostolique le plus fécond.

Ce n'est pas parce qu'on le désigne un peu à tort, fît. faute d'autre expression saris doute, comme « le simple laïc » qu'on peut se contenter de vouloir pour lui une formation rapide, simpliste, voire superficielle ou infantile. Pas de christianisme au rabais, de formation soi-disant populaire ! Pour tous, aussi pour les plus simples et les plus humainement démunis, nous devons vouloir une formation authentique, profonde, exigeante, qui sans doute ne néglige pas les adaptations et les méthodes de saine vulgarisation, mais qui mise sur le travail profond de la grâce en toute âme, sur toute intelligence et toute volonté, et y fait fleurir une vie théologale qui ne se mesure pas h la dimension humaine.

Si nous parlons ainsi du « simple laïc », à plus forte raison peut-on appliquer ces considérations à ceux qui portent des responsabilités plus amples et plus spécifiques.


A partir de la mission propre du laïc

La formation doit être ordonnée à la mission.

Il nous faut donc toujours revenir au point do départ : la mission même du laïc dans l'Eglise et dans le monde, si nous voulons que la formation à lui donner corresponde réellement à ses besoins.

La mission propre du laïc, en tant que laïc, ne l'oublions jamais et répétons-le sans cesse, consiste à découvrir la mission profane et divine de l'humanité et à la rattacher au mystère de la création et de la rédemption ; il doit donner au monde temporel sa signification divine, religieuse, rédemptrice.

Dans le dernier discours que Pie XII adressait à la JOC1 trois paragraphes sont à cet égard particulièrement significatifs :

  • « L'Eglise a besoin aujourd'hui plus que jamais des jeunes travailleurs pour construire vaillamment, dans la joie et dans la peine, dans les succès et les épreuves, un monde tel que Dieu le veut, une société fraternelle dans laquelle la souffrance du plus humble sera partagée et allégée ».

  • La JOC « s'emploie à restaurer dans toute sa noblesse la notion chrétienne du travail, de sa dignité, de sa sainteté. Vous aimez à considérer les gestes des travailleurs comme des actes personnels d'un fils de Dieu et d'un frère de Jésus-Christ, par l'esprit et par le corps, pour le service de Dieu et de la communauté humaine. Puissent les membres de votre mouvement (….) faire pénétrer cette conception du travail dans les usines, dans les bureaux, dans les écoles professionnelles. C'est là un apostolat à un très haut degré pratique et nécessaire ».

  • « Vous êtes des catholiques, et vous l'êtes au plein sens du terme, c'est-à-dire, non seulement comme individus professant les vérités révélées par le Christ et vivant personnellement de la grâce de la rédemption, mais en tant que membres de la communauté chrétienne et remplissant dans cette communauté, une tâche propre, indispensable à sa vie et à son équilibre ».

On peut voir ainsi immédiatement que le laïc se réfère continuellement et simultanément à deux plans essentiels qui se rencontrent dans sa vie : le profane et le religieux. Par le fait même, la formation qu'exige son apostolat devra toujours se référer, elle aussi, à ces deux plans distincts et cependant inséparables.

Dans les quatre derniers siècles, le laïcisme et l'individualisme ont trop influencé la vie religieuse. C'est pour cette raison que la vie laïque, avec ses multiples fonctions, est considérée la plupart du temps comme quelque chose qui n'a rien à voir avec la religion.

Aujourd'hui, grâce à toutes sortes de facteurs de renouveau de la pensée philosophique et théologique, de la sociologie, de la pastorale, nous commençons à voir que l'Église et la religion ne peuvent rester en marge de la construction, de l'humanisation, de l'évolution du monde. Tout en étant distinctes des autorités laïques responsables et des moyens techniques de travail et de progrès, l'Église et la religion ne peuvent être ni ignorées, ni séparées de ce monde en évolution. Une séparation serait mortelle pour l'humanité et pour l'Église.

Séparer le religieux du profane quand on envisage la formation à l'apostolat serait encore plus catastrophique. Il faudra toujours en tenir compte quand on lira les pages qui suivent.

Je voudrais cependant mettre ici l'accent sur l'aspect religieux, théologal, ecclésial - en un mot, authentique- ment chrétien - de cette formation, parce qu'elle est directement du ressort du prêtre. Tandis que je verrais volontiers des laïcs traiter un jour in extenso des aspects humains, techniques et pédagogiques de la formation à l'apostolat : les questions de qualification humaine, d'aptitudes à la responsabilité, de méthodes adaptées, etc.

L'expérience des trente dernières années est déjà bien assez riche pour qu'on puisse en faire une très utile synthèse !


Formation religieuse, donc apostolique

Les laïcs - même si parfois ils ont l'air de... se faire tirer l'oreille - aspirent à une formation profonde et solide. Plus qu'on ne le croit.

Ils ont besoin avant tout d'une formation religieuse. Nous, prêtres, nous devons leur donner une conception juste des vérités surnaturelles. Beaucoup de laïcs adultes, même parfois des intellectuels, n'ont en fait qu'une formation enfantine, sinon infantile, au point de vue religieux. Ils se représentent les vérités de la foi comme jadis lorsque, enfants, ils allaient au catéchisme de première communion. Avec une semblable formation, il est impossible à l'adulte, de nos jours surtout, de résister au milieu des difficultés sans nombre qu'il rencontre dans son milieu de vie, et moins encore d'influencer et de transformer celui-ci.

Conjointement à la formation religieuse proprement dite, il est évidemment indispensable de donner une bonne formation de la volonté, qui fera passer dans le comportement concret les vérités de la foi avec toutes leurs implications de vie. Enseigner une saine ascèse chrétienne, très incarnée dans la vie laïque (non pas une ascèse copiée sur celle du religieux ou du prêtre) sera indispensable dans l'ambiance relâchée mais par ailleurs très prenante de la vie moderne. Cette ascèse sera aussi un des tests de la valeur de la foi.

Mais surtout, il s'agit que cette formation religieuse et cette ascèse impliquent une formation apostolique, qu'elles deviennent un puissant stimulant pour leur apostolat. Ainsi, ce doit être une formation qui apprenne à sançtifièr le Nom de Dieu, partout et toujours, à faire sa volonté, et, en même temps, à établir et à étendre son royaume. La valeur apostolique de tout le profane doit être continuellement mise en relief, en réponse à tous les faux messianismes qui aujourd'hui menacent sans cesse l'homme et le chrétien. La foi et la vie théologales, profondément incarnées dans le quotidien, doivent apparaître comme la seule réponse positive, dynamique, victorieuse, au laïcisme. Elles trouvent des applications multiples dans la vie : dans la valeur apostolique du travail, de l'amour, de la famille, de la profession, de la vie civique... Quelle force, quelle conviction, quelle fierté ne naît pas alors dans l'âme du chrétien le plus humble, le plus simple !

C'est ainsi, dans sa perspective apostolique, que j'ai toujours conçu la formation religieuse de tous les fidèles. Oui, je dis, de tous les fidèles : non seulement des fidèles organisés dans les mouvements apostoliques ou groupés dans les œuvres paroissiales, mais de tous les laïcs sans exception - de la mère de famille, du médecin, du garçon de course, du cultivateur, du malade... — de tous ceux qui n'ont pas le temps ou la possibilité de s'insérer dans un apostolat organisé.

Mais cette formation ne peut, dans ce cas, s'en tenir à quelque chose de général, se résumer à l'enseignement donné par la prédication dominicale à l'église, inévitablement la même pour un nombre plus ou moins grand d'auditeurs. Nous devons viser à en faire une formation plus adaptée aux besoins des différentes catégories de fidèles : une formation pour les enfants, pour la grande jeunesse, pour les personnes mariées, pour les intellectuels, pour les travailleurs ou les paysans, etc. Mais toujours en vue d'un seul objectif : former des chrétiens actifs, des apôtres laïcs, dont la vie religieuse soit vraiment incarnée dans toute la vie journalière.

Car si l'enseignement de l'Église revient sans cesse sur la collaboration apostolique des laïcs, celle-ci ne peut se borner à un enseignement qu'ils reçoivent ! Elle doit devenir effective dans une action, et normalement dans un mouvement d'apostolat. Et ce n'est certes pas encore une action ni un mouvement si l'on se contente de donner des leçons, des exposés !

Nous devons chercher le moyen très concret, très adapté, pour que le laïc ne reste pas un auditeur passif mais apprenne d'abord à penser par lui-même, à réfléchir de façon active sur les vérités de la foi. C'est ainsi qu'il apprend aussi peu à peu à exercer son propre apostolat comme père ou mère de famille, comme commerçant, comme malade, comme travailleur, comme paysan... La formation donnée doit être telle qu'elle amène les laïcs à se mouvoir et ce, en leur donnant des responsabilités concrètes, qu'ils prendront peu à peu par eux-mêmes.

Vivre en vrais chrétiens : cela, le prêtre ne peut le faire à leur place. Ils doivent le faire eux-mêmes ; mais le prêtre doit les initier, les encourager, les aider. C'est cela qui les formera efficacement !


Le recours aux sources de l'apostolat

La présence chrétienne des laïcs dans toute la vie et dans les problèmes qu'elle pose - problèmes de science, de technique, de progrès social et humain — exigera dans l'avenir une formation de plus en plus étendue et de plus en plus profonde.

Mais il est certain que la condition sine qua non, l'âme de tout apostolat restera toujours le contact permanent avec les sources premières de celui-ci. Nul ne peut donner ce qu'il n'a pas.

Il n'y a qu'un Apôtre et qu'un apostolat. Les sources et les fins apostoliques se rejoignent.

J'essayerai d'en évoquer ci-après quelques-unes. Mais il faudrait pouvoir approfondir bien davantage cette question, et pour chacune des sources d'apostolat évoquée, chercher ses implications concrètes, ses points d'insertion dans la vie, les expériences positives et négatives faites à leur sujet, les résultats obtenus, les lignes d'orientation pour l'avenir.

Plus je réfléchis à l'importance de la formation dei apôtres laïcs et constate les résultats des premières années d'essais, plus je rêve à un Congrès Mondial de l'Apostolat des Laïc« où l'on pourrait faire une large recherche uniquement sur le thème de la formation, après avoir fait 1 inventaire des besoins et des problèmes auxquels le laïc d'aujourd'hui se trouve confronté. Quelle richesse on en retirerait !

A partir de là, on pourrait alors esquisser un programme très concret et dynamique, établissant le contenu de cette formation, sous tous ses aspects.


Les sources sacramentelles

Signes, liens visibles de sanctification, les sacrement! doivent être expliqués et vécus comme une participation à l'apostolat du Christ et de l'Église. Pas des signes qui agissent mécaniquement, mais des signes vivants.

Le baptême par exemple : les parents et les parrains du baptisé devront comprendre sa signification et les devoirs qu'il entraîne ; ils en feront comprendre les effets et les engagements à l'enfant et voudront l'éduquer selon ses exigences, afin que les grâces qu'il donne sortent tous leurs effets sanctificateurs. Il en est de même de tous les autres sacrements qui restituent ou augmentent la grâce sanctifiante, qui donnent les grâces nécessaires à un état de vie - le mariage et l'ordre - et en font un état de vie apostolique.

Toutes les richesses, la dignité, les merveilles opérées par les sacrements, c'est dans la mesure où ils se concrétisent qu'ils produisent une transformation dynamique de toute la vie. Quelle découverte à renouveler toujours, que la routine et l'accoutumance ne peuvent obnubiler !

On voit alors les obstacles pratiques que constituent les transformations économiques et sociales qui écartent les fidèles des sacrements. J'ai toujours été hanté par la pensée de» milliers de travailleurs qui quittent leur foyer avant l'ouverture de l'église le matin et n'y rentrent le soir que lorsqu'elle est fermée ; la loi du jeûne eucharistique» d'ailleurs déjà bien améliorée, est encore impraticable pour un grand nombre ; l'accès au fonfessionnal et au confesseur est souvent difficile, pour ne pas dire pratiquement impossible dans certaines paroisses. Que de problèmes de pastorale à étudier en fonction des chrétiens qui ont besoin de la grâce sacramentelle pour être de vrais apôtres !

C'est devant ce besoin fondamental que, dès sa fondation, la JOC a tenté de redonner une signification vivante et apostolique aux sacrements, par des initiatives concrètes : le renouvellement des promesses du baptême à la fin des campagnes religieuses, la participation à la messe « en délégation » des jeunes du quartier ou du milieu de travail, le mariage suivi de la messe de communion et de l'engagement apostolique, etc.


Les sources liturgiques

D'autre part, la participation active à toutes les cérémonies liturgiques, exige un effort constant. Tout particulièrement lorsqu'ils prennent part à la Sainte Messe il faut que les laïcs, jeunes et adultes, puissent prendre conscience de plus en plus fortement d'un fait : ils forment ensemble « une race élue, une nation sainte, choisie, un sacerdoce royal »2 qui — faisant de toute la vie, du travail, des relations familiales et sociales, une hostie offerte à Dieu - vient rendre gloire à la puissance créatrice et à l'amour rédempteur et exprime, par le Christ, son adoration et sa reconnaissance à celui qui est l'auteur et la fin de toutes choses.

Tout apostolat, quel qu'il soit, dérive et converge vers le sacrifice du Christ, continué dans le sacrifice eucharistique, centre et sommet de la liturgie. Le sacrifice du Seigneur assume ainsi toute la vie ; toute la vie journalière aussi le continue, devenant une messe prolongée et fait que le Christ, prêtre et hostie, soit présent partout, sanctifie tout et présente tout à son Père.

« Ite,, Missa est ». Quand la messe est terminée, le laïc doit savoir que c'est ce sacrifice rédempteur même qui le pousse à l'action dans le monde : « Allez, maintenant, vous, les laïcs ; allez vers votre mission, vers votre travail qui est le sacrifice du Christ continué ! Votre machine, votre établi est l'autel ; et vous, malade, vous êtes cloué sur la croix même de Jésus-Christ !... »

L'année liturgique devient alors l'année tout court. Elle ne se passe plus seulement entre les murs de l'église, au cours des offices religieux ; elle se réalise en famille, au travail, en société. Et la formation liturgique permet une participation à la vie paroissiale dans son expression la plus haute et la plus solennelle ; elle prépare au culte de l'Église sur place, culte qui n'est plus à côté de la vie mais la transforme et l'inspire.

Dans la vie liturgique ainsi comprise, c'est le Corps mystique qui, dans un grand élan de foi et de charité, approfondit son unité dans son chef, le Christ. Il vit d'un même sens apostolique qui ne permet pas d'apostolat fondamentalement séparé, d'apostolat de classe, d'apostolat de race ; il s'engage dans l'apostolat du Christ lui-même par tous ses membres et dans tous les lieux où ils vivent, pour l'unique but final, la gloire du Père.

Tous les moyens pratiques de formation (que nul ne peut dédaigner et qui ont fait leurs preuves parmi les laïcs) trouvent ici leur justification : l'agenda liturgique, le missel, la messe dialoguée ou chantée avec l'offrande personnalisée, les campagnes pascales, etc. Ils sont de précieux auxiliaires d'un ressourcement constant.

Parfois même, il faudra commencer par l'initiation la plus élémentaire. Combien de fois n'ai-je pas, lorsque j'étais dans le ministère paroissial, remplacé la réunion des premiers militants par une explication vécue de la messe : nous nous rendions le soir dans l'église de Laeken et là, le groupe de garçons ou de filles entourant l'autel, je montrais les vases sacrés, expliquais les symboles, réalisais devant eux et avec eux les gestes les plus significatifs du sacrifice eucharistique. C'était pour la plupart une révélation si extraordinaire - qui se faisait dans la simplicité et dans le respect — qu'ils en restaient marqués pour toute la vie.

Tous ces moyens de formation liturgique permettent ainsi un rappel constant du véritable but de l'apostolat et une mise en garde contre toute déviation de celui-ci en activité purement temporelle. « Sursum corda — Habemus ad Dominum » : ainsi peut s'exprimer ce geste qui ramène continuellement le cœur des chrétiens engagés vers le cœur de l'unique Apôtre.


Les sources scripturaires

Pour que leur apostolat soit vivant et authentique, il faut que les laïcs puissent toujours davantage connaître et aimer le Christ, dans sa lumière éternelle comme dans sa perspective temporelle. En commençant par le Christ historique, centre de toute l'Histoire et de toute la création. Plus l'Évangile sera compris et médité, plus il sera explicité par un approfondissement de l'Ancien et du Nouveau Testament, et plus le plan de Dieu sur l'humanité apparaîtra clair et clarifiant.

Ce n'est pas une des moindres coïncidences providentielles de ce siècle, avide d'Histoire, de sources et d'interprétation de l'Histoire, que le retour aux sources scripturaires auquel nous assistons dans le peuple chrétien. A une condition : c'est que ces sources puissent être mises à la portée de tous les laïcs comme autant de sources authentiques de vie chrétienne et apostolique. L'Évangile et les Epîtres ne sont pas pour les chrétiens des premiers siècles seulement, mais aussi pour ceux du XXe siècle ! Le clergé devra être de plus en plus à même de les expliquer de façon adaptée et incarnée.

L'Histoire Sainte devra être complétée par l'Histoire de l'Eglise, par celle des missions, et même celle de la civilisation du monde occidental et oriental afin que tous reprennent conscience, dans une juste perspective, du progrès culturel, scientifique et temporel que le christianisme a apporté à l'humanité. Sans rien renier, ni des mérites acquis, ni des erreurs commises, la vision historique de la présence de l'Église dans le monde révélera mieux que n'importe quelle théorie la valeur, l'efficacité, le contenu réel de l'apostolat des laïcs.


Les sources hiérarchiques

Pour la plupart, la référence à la Hiérarchie évoque instinctivement et uniquement l'image des laïcs réduits à une obéissance passive ; on parle d'ingérence dans le domaine temporel, de cléricalisme ; on se sent paralysé dans l'action ou en complexe d'infériorité...

La formation que nous donnons au laïc dans ce domaine doit lui faire découvrir la grandeur du lien d'origine — et par voie de conséquence, de dépendance - de tout apostolat vis-à-vis de la Hiérarchie. Cette origine est garantie d'authenticité, de sécurité, de confiance et de victoire : le Christ est présent dans et par la Hiérarchie ; la parole et la doctrine de la Hiérarchie sont celles du Christ. Sa grâce transmise par la Hiérarchie ne transforme pas les baptisés en des instruments passifs, en mineurs sous tutelle, mais les fait participer aux privilèges et aux responsabilités des fils de Dieu, des porteurs du message de l'Évangile.

Voilà pourquoi la formation au sens hiérarchique doit préparer au dialogue avec l'autorité religieuse et avec le clergé. Grâce au dialogue en effet, les laïcs comprendront que l'autorité hiérarchique n'agit pas comme une sorte d éteignoir en vue d'un asservissement clérical, mais que son action est source de progrès, de libération et de rédemption : « Le Fils de l'Homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir... »3 « Je connais mes brebis... le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis » 4. Dans les relations avec la Hiérarchie, il faut faire découvrir aux laïcs l'esprit du Christ — esprit de sainteté, de lumière et d'amour - dont la Hiérarchie est dépositaire. C'est un esprit de désintéressement, de dévouement, de service jusqu'à la mort. La puissance spirituelle dont elle est investie est une puissance de vie, de respect, de justice, de charité, de paix.

Placée dans cette lumière, toute dépendance apostolique devient alors communion à la vie et aux préoccupations de l'Église. Tout dialogue réalisé dans la foi, entre l'autorité et les laïcs engagés dans l'apostolat, permet de mieux faire connaître les vrais besoins du monde d'une part et l'ensemble des questions qui se posent à l'Église d'autre part. Peu à peu, il aide à chercher, dans la loyauté et la soumission, les réponses adaptées que l'Église doit apporter aux grands problèmes de la vie d'aujourd'hui.

Il faut reconnaître que nous ne sommes qu'aux premières tentatives dans ce domaine. Mais les laïcs qui en ont fait l'expérience se sentent davantage fils de l'Eglise, responsables de sa mission vis-à-vis de tous les hommes et encouragés à l'accomplir pour la part qui leur incombe.


Sources surnaturelles et surnaturalisantes

Le recours à toutes ces sources de l'apostolat sanctifie le fidèle. Elles le font participer à la grâce du Christ et, par elle, à la vie de la Trinité. Désormais, il n'est plus abandonné à ses propres forces ni à sa propre faiblesse ; il est animé de la force, de la lumière et de l'amour de Dieu.

Et par le fait même, elles sanctifient aussi le monde et la vie dans lesquels le laïc exerce son apostolat quotidien. C'est sous l'impulsion vitale de la grâce qu'il peut construire un monde plus humain et toujours plus conforme au plan de Dieu.

Sans doute, ces forces divines et surnaturelles auxquelles il s'alimente ne suppriment ni ne remplacent les énergies et capacités humaines, intellectuelles, scientifiques, sociales ou techniques dont le laïc a besoin pour accomplir sa tâche ; mais elles les purifient, les éclairent, les stimulent et les épanouissent. Elles ne peuvent jamais être une excuse à des négligences sur le plan professionnel ou humain ; elles sont au contraire le moteur d'une exigence plus grande. Mais d'autre part, aucune force humaine et naturelle ne remplace jamais l'élan, l'animation que donnent la foi et la charité surnaturelles.

Celles-ci doivent sans cesse être renouvelées, soutenues, par la prière, la méditation, la vie intérieure, la direction spirituelle, les retraites et les récollections. Mais ces moyens, eux aussi, n'auront toute leur dimension, s'ils ne sont constamment incarnés dans la vie, dans la mission concrète et temporelle, dans toutes les circonstances de l'apostolat.

Vie intérieure et apostolat dans la vie sont inséparables comme l'âme et le corps.

Toute la vie profane n'est que la réalisation de la prière dominicale, synthèse de toute vie religieuse : « Notre Père, qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. »


Une méthodologie apostolique

L'accent que j'ai mis jusqu'ici, pour ainsi dire à chaque page, sur la relation fondamentale entre la vie et l'apostolat n'étonnera sans doute personne. Ce qui a été dit devrait peut-être suffire à indiquer la place primordiale que la vie profane tient dans toute la conception théologique et pratique de l'apostolat. Je veux pourtant souligner encore une dernière fois le rôle central que joue, dan» la pédagogie apostolique, l'attention à la vie. Car si la vie doit être une des bases essentielles d'une saine théologie, elle est en même temps une base méthodologique sans laquelle on ne fera que des gestes artificiels, consommant toujours davantage le divorce que nous pouvons tous constater de nos propres yeux, entre 1a religion et le monde.

Je suis convaincu qu'ignorer ou sous-évaluer la vie - dans ses aspects les plus humbles, parfois les plus apparemment terre-à-terre - dans la formation surnaturelle et apostolique, constituera toujours une lacune, souvent un défaut, parfois une déformation.

Qu'on se garde de mal interpréter l'allusion que je m début de ce chapitre au sujet d'un « séminaire laïc ». Il va de soi que je ne veux nullement parier d'une formation qui se ferait en vase clos, dans les murs d'un quiconque internat, si orienté vers le monde que puisse Être son programme d'enseignement. C'est dans le quotidien que ce séminaire doit trouver sa réalisation : non en chambre, mais en plein vent !

Dois-je dire que, pour moi, l'attention à la vie signifie attention à la transformation de la vie par une action individuelle et collective indispensable. Car c'est de la vie qu'il faut partir, si l'on veut que les laïcs U transforment et la consacrent. C'est elle qu'il faut regarder objectivement pour remplacer peu à peu le regard et le jugement humains par le regard et le jugement de Dieu. C'est par le contact permanent avec elle enfin qu'on tentera de la transformer pour l'interner ou la réintégrer totalement dans le plan divin.

C'est la méthode : voir - juger - agir, que le Pape Jean XXIII a daigné rappeler dans son encyclique « Mater et Magistra » comme un moyen d'éducation humaine et surnaturelle qui doit faire des laïcs, des apôtres et des responsables, Elle inspire toute la dialectique apostolique dont j'ai parle en commençant, dans une vaste vision vie foi, d'espérance et de charité. C'est une méthode concrète, réaliste et réalisatrice. Pour moi, les laïcs ne se forment pas à l'apostolat par des livres, par un enseignement purement théorique, par des exposés verbaux, si beaux soient-ils, ou même vies discussions, encore que ces moyens puissent parfaire la formation en aidant à élaborer des synthèses les laïcs se forment d'abord par la découverte vies faits réels, suivie d'un jugement chrétien, pour aboutir à des gestes qu'ils posent, à des réalisations qu'ils entreprennent, à des responsabilités qu'ils portent. Cette méthode est une mise en exercice de toutes les facultés humaines en même temps qu'une utilisation de toutes les ressources surnaturelles et apostoliques déjà envisagées. Et par la vision constante des besoins de tous les hommes à sauver, elle est en même temps un levier extraordinaire de progrès et de sanctification personnelles. C'est tout un apprentissage vital, existentiel, de l'apostolat, qui engendre finalement une mystique et un style de vie, avec des exigences personnelles et communautaires à la mesure même de la tâche apostolique.

La révision de vie, déjà si connue dans les milieux de l'apostolat laïc, est un des aspects importants de la méthode voir juger - agir. Elle n'est pas seulement un moyen irremplaçable d'éducation ; elle est aussi un élément précieux de direction et de formation spirituelles. Tous les premiers militants de la JOC avaient leur « journal » de militant qui permettait entre autres d'entrer directement et profondément dans le concret de leur vie quotidienne ; le militant y préparait ses visites et en conversations, de façon à la fois pratique et combien exaltante. Qu'elle se fasse seul à seul ou en réunion d'équipe, la révision de vie permet l'apprentissage et le contrôle fraternel de la transformation totale de la vie journalière.

Ainsi, le prêtre qui exerce loyalement, patiemment et avec désintéressement sa tâche d'éducateur en mettant en action la méthode voir - juger - agir, a en main une pièce maîtresse de ce qu'on pourrait appeler « l'éducation de base apostolique » sur laquelle nous pouvons fonder plus belles espérances.

C'est par milliers que l'on pourrait citer des fait», relater les témoignages personnel» de ceux qui ont été littéralement « entraîné » par cette méthode, jusqu'à un engagement total et définitif, dans une mission qui a pris toute leur vie.

Pareil apprentissage se fait progressivement. Je l'ai dit en ouvrant ce chapitre : les militants ne se trouvent pas tout faits ; on les prend tels qu'ils sont au point de départ. Mais une fois qu'ils ont découvert, qu'ils ont « mordu », alors on peut les inviter à des exigences toujours plus grandes, précisées dans un programme de vie adapté à leurs possibilités humaines et spirituelles.


Des communautés apostoliques laïques

Personne n'imaginera sans doute qu'une formation faite dans pareille optique et avec de telles méthodes puisse jamais avoir un caractère individualiste.

Faut-il répéter que l'apostolat de chaque laïc doit être essentiellement communautaire, collaboration avec tous « ses prochains » ? Même quand il s'agit de l'élite, celle-ci ne peut agir apostoliquement à côté et loin de la masse ; elle sera le levain de la masse, dans la masse même ; elle sera germe de communauté, en communion vivante avec tous.

Si donc on veut confier aux laïcs, en toute sincérité, leurs responsabilités totales, si on veut les projeter vers le monde qui les attend, leur formation doit de toute évidence être de type social, communautaire. Aujourd'hui que tous les secteurs de vie se compénètrent, il serait impensable d'ignorer cet aspect : une telle négligence rendrait les laïcs impuissants dans leur milieu journalier, et plus particulièrement ceux qui sont enracinés dans le monde ouvrier.

Je ne puis me permettre de développer ici, comme elle le requerrait, la question de la formation sociale proprement dite : formation à la doctrine sociale de l'Eglise, à l'action sociale, etc. Ce serait la minimiser que de vouloir la traiter en quelques brefs para graphes.

Je voudrais plutôt insister sur la nécessité d'engager la vie apostolique des laïcs dans une vision et un cadre communautaire. La formation en particulier puisque c'est elle qui nous occupe - doit être donnée et doit se vivre dans des cadres à la mesure de l'homme. Elle doit assurément être toujours personnalisante et épanouir la conscience et les virtualités personnelles ; elle ne doit négliger aucun apostolat individuel, non organisé. Mais on ne peut cependant faire fi de l'autre dimension : celle de l'apostolat concerté, de groupe. Les problèmes posés aujourd'hui par la vie en commun, ne peuvent être résolus que par un apostolat organisé, à la dimension de ces problèmes. C'est dans des groupements à la mesure de la vie, des problèmes à résoudre et des milieux de vie à transformer, c'est dans des équipes et des communautés apostoliques de tous genres, que cette formation apostolique se donnera à coup sûr le plus adéquatement. Il y a une diversité infinie de possibilités, qui peuvent répondre à tous les tempéraments, à toutes les orientations, à tous les degrés d'engagement : depuis l'équipe de trois ou quatre foyers dans un même secteur de ville ou une même profession, jusqu'aux grands mouvements nationaux et internationaux aux objectifs religieux, professionnels, culturels ou de service... la gamme est immense.

On doit y voir tout d'abord la marque de l'esprit chrétien qui est un esprit communautaire : on ne témoigne pas seul, comme on ne se sauve pas seul. Il faut y voir aussi l'exigence d'un vrai réalisme chrétien, dont Mater et Magistra nous donne par ailleurs un magnifique exemple.

Mais on doit aussi y découvrir l'avantage d'un engagement en commun, qui permet aux militants de s'entraider et de se contrôler comme des frères, sur un pied de totale égalité. Et on ne niera pas la puissance d'éducation et d'entraînement que cela comporte. Si le prêtre est animateur et formateur, il ne faut pas oublier qu'à plus forte raison, les laïcs se forment entre eux, par le frottement du contact fraternel et une interaction qui permet le jeu de toutes les qualités et responsabilités d'un chacun.

Engagement en commun, c'est responsabilité en commun. Responsabilité des solutions qu'on adopte devant les problèmes de vie ; responsabilité des personnes que l'on « prend en charge » ensemble ; responsabilité de l'organisation à laquelle on appartient ou que l'on dirige. Ce seraient autant d'aspects à approfondir, pour faire découvrir à tous, prêtres et laïcs, l'extraordinaire richesse des mouvements d'apostolat laïc ; et cet approfondissement nous ferait probablement découvrir que nous n'en sommes encore qu'aux premiers balbutiements !

C'est dans cette perspective qu'il faut étudier et chercher à résoudre le problème de ceux qu'on appelle « les inorganisés ». Chercher pour eux des solutions de facilité, qui écartent tout engagement et toute responsabilité, c'est les condamner à une infériorité sociale et humaine aux conséquences les plus néfastes. On ne relève pas la masse sans levain ; et on n'aura jamais de levain sans mouvement qui pénètre et entraîne la masse.

Actuellement, les engagements apostoliques en commun conduisent beaucoup de laïcs à un désir de perfection de plus en plus explicite et qui s'exprime dans des formes de spiritualité très diversifiées. Ces noyaux de laïcs, qu'ils soient ou non officiellement approuvés par la Hiérarchie, exigeront toujours une certaine stabilité dans l'engagement aussi bien spirituel qu'apostolique. De telles équipes introduisent au cœur même du milieu laïc des aspirations et des témoignages de charité chrétienne, de pauvreté, de détachement, de pureté, bref, d'absolu chrétien selon l'Evangile. Leur présence seule sera un apostolat, une révélation de Dieu au monde, une « bonne nouvelle ».

A condition qu'elles ne soient jamais des chapelles fermées, des clans séparés, des tours d'ivoire, un prétexte à des jugements suffisants sur ceux qui ne partagent pas la même orientation, mais qu'elles soient largement ouvertes sur le monde et tous ses besoins, inspiratrices d'un apostolat universel pour et dans la niasse des chrétiens et des non-chrétiens, et loyalement désintéressées. Les groupements de spiritualité ne doivent jamais vouloir se réserver la responsabilité et la direction des organisations d'apostolat laïc.

Ces conditions d'ailleurs sont valables pour tout corps apostolique, tout mouvement, toute organisation dans l'Eglise.


Revenons au prêtres

Il est difficile de dire si toutes ces réflexions doivent retenir davantage l'attention des laïcs ou celle des prêtres.

A ces derniers qui, par leur formation, ont acquis certaines habitudes de penser qui souvent les séparent des laïcs, je demanderai avec insistance de prêter une attention vigilante à la vie, qu'ils soient aumôniers d'Action Catholique, professeurs, directeurs spirituels, engagés dans le clergé paroissial, prédicateurs de retraites... Négliger la vie quotidienne des laïcs et partant, le vrai terrain de leur mission apostolique, c'est souvent déformer et presque toujours affaiblir leur engagement devant les devoirs inhérents à cette vie où ils sont providentiellement.

C'est le prêtre qui doit faire découvrir aux laïcs la portée apostolique de la vie quotidienne et leur tâche dans l'organisation du monde. Il n'est pas celui qui dirige, mais qui éduque. Il ne peut ni se substituer aux laïcs qui sont responsables, ni s'imposer à eux. Mais comment pourra-t-il les éduquer efficacement à l'apostolat dans la vie, s'il ne connaît pas celle-ci ou ne cherche pas à la connaître en les écoutant ? Car il n'est pas dans la vie laïque. Il doit donc apprendre du laïc quels sont ses vrais problèmes. On est effrayé devant l'ignorance ou l'inconscience de certains prêtres, face à ces problèmes ; je l'ai constaté tant de fois lorsqu'il s'agissait des problèmes des jeunes travailleurs !

La pastorale apostolique doit être une pastorale éclairée par la vie temporelle.

Or, à beaucoup de prêtres, la tâche d'éducateur des apôtres laïcs paraît particulièrement difficile. Beaucoup craignent de l'entreprendre (peut-être parce qu'ils ont une certaine crainte inavouée des laïcs eux-mêmes ?) ; d'autres qui s'y sont mis avec enthousiasme se sont découragés rapidement. Il faut les comprendre et les aider. Si j'ai déjà insisté fortement sur la foi du prêtre qui conditionne sa persévérance - « usque in finem - jusqu'à la fin » - ne dois-je pas aussi ajouter qu'il doit recevoir une préparation adéquate à son rôle, tout comme il en faut une au laïc ? Prétendre le contraire serait absurde, me semble-t-il.

Pour que la collaboration prêtre-laïc soit une source puissante d'apostolat pour toute l'Eglise, il faudrait que tous les prêtres y soient préparés. Qu'ils soient diocésains ou réguliers, leur formation en vue de l'apostolat des laïcs devrait faire partie de toute la préparation au sacerdoce, au séminaire ou au scolasticat, se précisant et s'intensifîant au fur et à mesure qu'ils approchent de l'exercice du ministère. Pourquoi ne pourrait-elle pas inclure l'étude sérieuse des problèmes que les laïcs ont à résoudre dans le monde moderne, pour en déduire la manière sacerdotale de les aider dans leur apostolat au cœur même des événements et des institutions ? C'est une partie essentielle de la pastorale à leur enseigner.

Cet enseignement devrait être soutenu par une participation graduelle et de plus en plus intense aux activités apostoliques des laïcs engagés (participation à des Semaines d'étude de militants et à la vie de groupes locaux, contacts et enquêtes, camps de vacances, etc.).

Cette connaissance concrète devra être plus approfondie encore et plus adaptée s'il s'agit de ceux qui sont appelés à être les aumôniers et assistants ecclésiastiques des organisations d'apostolat. Non pas seulement les aumôniers totalement libérés pour une tâche à l'échelon régional, national ou international, mais aussi les aumôniers qui assument, dans le clergé paroissial, cette tâche primordiale qu'est la formation première des militants de base. Une formation adaptée des prêtres pourra être Poussée plus loin suivant les nécessités particulières, les spécialisations de milieux, les méthodes et techniques propres selon l'âge ou le sexe, etc.

On veillera cependant à ne pas diviser le clergé en un clergé d'Action Catholique, spécialiste de la collabo- ration avec les laïcs qui sont dans les organisations d'apostolat, et d'autre part l'ensemble du clergé paroissial ou professoral. C'est l'ensemble du clergé qui doit être formé à l'apostolat laïc, parce que celui-ci doit être de plus en plus considéré par tous comme un apostolat d'Église, faisant partie intégrante et inaliénable de la mission de l'Eglise.


Dans les pays où les prêtres font défaut

Les Religieuses, elles aussi, seront de plus en plus appelées à un rôle de collaboration à l'apostolat des laïcs, les unes dans les institutions d'enseignement, les autres dans l'assistance médicale ou charitable, dans les activités paroissiales, etc. Un certain nombre seront même appelées à un rôle de conseillères au sein des groupements féminins d'apostolat dont le développement est de plus en plus nécessaire ; et de façon plus particulière dans des pays où, pour diverses raisons, le prêtre ne peut assumer effectivement son rôle d'aumônier, formateur, animateur et collaborateur des apôtres laïcs. Les Frères peuvent jouer un rôle similaire à celui des Religieuses.

En collaborant avec les laïcs en vue d'une présence apostolique de ceux-ci dans les problèmes temporels, en établissant des contacts avec les groupements masculins, féminins ou mixtes, Frères et Religieuses trouveront eux-mêmes un complément à leur propre formation, et contribueront en même temps à rendre plus efficace l'ensemble de l'apostolat de l'Église. D'ailleurs, dans les institutions d'enseignement à tous les degrés, les institutrices et professeurs, religieux ou laïcs, devront préparer de plus en plus les élèves à une conception apostolique de toute leur vie et à un engagement apostolique authentique, surtout après leurs études.

Jamais cependant les Frères ni les Religieuses, dans le rôle de conseillers ou d'assistants de l'apostolat des laïcs, ne remplaceront l'aumônier-prêtre ; mais ils en seront les auxiliaires et les collaborateurs. A fortiori doivent-ils veiller à ne jamais remplacer les dirigeant(e)s et les militant(e)s dans le rôle qui leur est propre, mais ils devront aider les membres des mouvements en question à découvrir leur mission apostolique, tant dans la vie ordinaire que dans le mouvement même.

Puisse l'Esprit-Saint bénir et éclairer la collaboration du sacerdoce et du laïcat et, en augmentant ainsi le dynamisme de l'Église, multiplier à la fois les vocations sacerdotales et religieuses comme le nombre des laïcs et des familles vraiment apostoliques !5




Notes



1 Déjà cité p. 11. Nombreux sont les autres textes où le Pape Pie XII proclame et développe l'idée de la consécration du monde profane.

2 I Petr. II, 9.

3 Matt. XX, 28.

4 Jo. X. 14 et 11.

5 Le contenu de ce chapitre a été rédigé, sous sa forme initiale, en novembre 1951, en une note ronéotypée, intitulée : « L'Apostolat des Laïcs ». Cette note n'a jamais été éditée.

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