1938 - La JOC, Journées sacerdotales de Vienne



Chanoine CARDIJN


La JOC

Leçons données aux Journées Sacerdotales de Vienne,

les 3 et 4 janvier 1938



Un type achevé d'Action Catholique


Notre Saint Père le Pape a daigné appeler la J.O.C. « Une forme authentique, un type achevé de cette Action Catholique qui est l'idée maîtresse de son Pontificat ».

Permettez-moi, bien simplement, dans cette introduction de vous donner quelques caractéristiques essentielles de la J.O.C., afin que nous puissions examiner loyalement si ces caractéristiques sont conciliables — comme je le crois aux situations des différents pays.


Pas d'à priori

D'abord nous devons bien nous convaincre que dans la J.O.C. comme dans toute l'Action Catholique il n'y a rien d'à priori, rien d'arbitraire, rien d'artificiel, rien de capricieux, ni dans l'organisation, ni dans l'action, ni dans la formation, ni dans les méthodes.

Tout, dans la J.O.C. organisation, action, formation, méthodes, rôle des dirigeants laïcs, rôle des aumôniers tout, est commandé par le problème qui est posé devant l'Eglise dans tous les pays modernes, problème de la solution duquel dépend l'avenir de toute la classe ouvrière et par conséquent en grande partie de toute la société, problème que nous appelons : le problème de l'adolescence et de la jeunesse salariée.


Le problème de l'adolescence et de la jeunesse salariée

1. — Dans tous les pays du monde, à un âge déterminé — 12, 13, 14, 15 ans, — des milliers de jeunes gens et de jeunes filles quittent l'école pour commencer leur vie de travail salarié. Ces jeunes débutants au travail composent toute la classe ouvrière de demain.

A partir de ce moment le passage de l'école au travail salarié pour ces milliers de jeunes travailleurs et de jeunes travailleuses se posent des problèmes de vie, se manifestent des besoins de vie, existent des difficultés et des dangers de vie, qui ont sur leur avenir temporel et sur leur destinée éternelle une influence décisive. Problèmes, besoins, difficultés, dangers de vie religieuse, morale, intellectuelle, physique, sentimentale, familiale, professionnelle, sociale, civique.

Ces problèmes, ces besoins, ces difficultés et ces dangers ne sont, ne l'oublions jamais, ni arbitraires, ni accessoires  ; ils ne proviennent pas de la mauvaise volonté des jeunes travailleurs, ni des parents, ni de n'importe qui. Ils proviennent de l'âge de ces jeunes travailleurs et de ces jeunes travailleuses ; des conditions de leur vie journalière ; des conditions du milieu où ils vivent et où ils travaillent ; des institutions publiques et privées qui les influencent ; de la masse ouvrière qui les entoure. Ces problèmes, ces besoins, ces difficultés, ces dangers concrets, pratiques, immédiats parce qu'ils concernent leur vie journalière et habituelle ont je le répète une influence décisive sur la masse de ces jeunes travailleurs, c'est-à-dire sur toute la classe ouvrière de demain.


Une grande détresse

En fait, nous devons le reconnaître, en Belgique, en France, dans la plupart des pays où nous avons pu faire une enquête, cette influence a été désastreuse. La masse des jeunes travailleurs et des jeunes travailleuses de 14 à 25 ans, ont vécu et vivent encore pour la plupart dans une détresse religieuse, morale, intellectuelle, professionnelle et sociale qui est un scandale et une honte pour notre civilisation moderne et qui est une cause de perte spirituelle et temporelle pour le plus grand nombre. Cette détresse se traduit par cette confidence reçue des milliers de fois : « ... nous ne sommes que de jeunes travailleurs et de jeunes travailleuses... nous devons tomber et vivre en état de péché mortel ».

Et — nous devons y insister — nous ne pouvons pas leur jeter la pierre. Si nous avions été à leur place, probablement que nous serions tombés plus bas qu'eux. Leur chute et leur déchéance proviennent, pour la plupart, de leur abandon, de leur isolement, de leur impuissance : il leur était moralement impossible-de résister et de remonter seuls.


Une vérité de Foi

2. — Et pourtant, nous croyons, parce que c'est un dogme premier de notre foi, que tous ces jeunes travailleurs et toutes ces jeunes travailleuses sont appelés par Dieu Lui-même à une destinée divine magnifique, qui est leur seule raison d'être, l'unique fin de leur vie temporelle et éternelle. « Pas des bêtes de somme, des machines et des esclaves ; mais des fils de Dieu, des collaborateurs de Dieu, des héritiers de Dieu ». Et cette destinée divine ne commence pas après la mort ; non, elle s'incarne dans leur vie temporelle, elle se développe et s'épanouit dans tous les aspects de cette vie temporelle ; aujourd'hui comme jeunes travailleurs, membres de familles ouvrières ; demain comme fiancés et époux, fondateurs à leur tour de foyers ouvriers ; pères et mères de nouveaux élus, de nouveaux membres du corps mystique du Christ, appelés tous à la sainteté, à l'apostolat, peut-être au sacerdoce et à la vie religieuse. Tous, ont dès ici-bas, dans leur vie de jeunes travailleurs, dans leur vie familiale, sentimentale, professionelle, dans leur vie journalière et habituelle, un apostolat personnel à remplir, apostolat irremplaçable, nécessaire à l'Eglise pour l'accomplissement de sa mission rédemptrice.


Un scandale tragique

Et c'est là le scandale tragique : la contradiction qui existe entre cette vérité de foi et cette vérité d'expérience : d'un côté, leur vocation divine, par, dans et pendant leur vie de jeunes travailleurs ; et de l'autre côté, les conditions mêmes de cette vie qui les éloignent de cette vocation divine et la rendent pratiquement irréalisable.

Et c'est cette contradiction qui, je le répète, est la cause de la ruine temporelle, et qui sait, peut-être de la perte éternelle d'un très grand nombre de jeunes travailleurs. C'est cette contradiction qui éloigne de l'Eglise la jeunesse ouvrière qui est la classe ouvrière de demain. C'est cette contradiction qui expose aux fausses mystiques, au néo-paganisme et à l'athéisme modernes la masse des jeunes travailleurs de tous les pays.


Pas de solution extérieure

Or, et c'est ici la vérité fondamentale qui est à la base de tout le Jocisme pour faire cesser cette contradiction désastreuse, personne ne peut remplacer les jeunes travailleurs eux- mêmes. Eux qui en sont les victimes doivent en devenir les vainqueurs. C'est « par eux, entre eux et pour eux », que cette contradiction doit disparaître.

Personne ne peut les remplacer dans cette rouvre de salut personnel, comme personne ne peut les remplacer dans leur vie spirituelle, morale, intellectuelle, sentimentale, professionnelle, civique, dans toute leur vie laïque. Personne — ni les parents, ni les instituteurs, ni les patrons, ni les pouvoirs publics, ni le clergé, ni le Pape, ni les évêques, ni les prêtres, ni les religieux — personne ne peut se substituer à eux, personne ne peut résoudre à leur place les problèmes qui se posent à eux, entre eux, pour eux.

Personne ne peut les remplacer, mais tout le monde — Eglise, Etat, patrons, école, parents — devrait aider, dans sa sphère et dans son rayon ; tout le monde devrait apporter la collaboration nécessaire pour faire disparaître les obstacles, et pour assurer les secours nécessaires au relèvement temporel et au sauvetage éternel des jeunes travailleurs.


Une solution efficace

Il n'y a qu'une solution efficace, celle voulue par la Providence dans l'ordre de la création comme dans l'ordre de la Rédemption ; celle proclamée par Pie XI : « Les premiers apôtres, les apôtres immédiats des jeunes travailleurs, seront les jeunes travailleurs ».

Il faut donc une organisation de jeunes travailleurs et de jeunes travailleuses qui les tire de leur isolement, de leur abandon et de leur impuissance ; qui les groupe, les forme, les aide et les représente pour leur apprendre et leur permettre de rechristianiser toute leur vie, tous les milieux, toute la masse des jeunes travailleurs, conformément à leur vocation divine et au plan divin.

Et j'y insiste immédiatement : pas un groupement, une organisation quelconques, avec n'importe quel but et n'importe quels moyens, mais une organisation de jeunes travailleurs et de jeunes travailleuses où « entre eux, par eux et pour eux », ils s'entraîdent et se soutiennent pour rechristianiser leur propre vie — toute leur vie — leur propre milieu — tout leur milieu — la vie et le milieu de la masse de leurs compagnons et de leurs camarades de travail.


Une organisation adaptée

Il faut donc une organisation qui soit à la fois et indissolublement :

a) une école d'apostolat laïc dans leur vie, leur milieu, auprès de la masse de leurs camarades ;

b) un service d'apostolat laïc dans leur vie, leur milieu, auprès de la masse de leurs camarades ;

c) un corps représentatif d'apostolat laïc dans leur vie, leur milieu, auprès de la masse de leurs camarades.


Une école

ECOLE PRATIQUE, école d'apprentissage, où ils apprennent à voir, à juger, à réaliser la valeur apostolique de toute leur vie, dans tous ses aspects, dans tous ses détails, les plus humbles, les plus journaliers, chez eux, à la maison, dans leur quartier, à leur rue, à l'usine, au bureau, en route vers le travail, pendant les repas et les repos de travail, pendant leur temps libre, partout et toujours, dans leurs fréquentations, leurs fiançailles, leur mariage ; école non pas théorique, ni purement doctrinale, mais école où ils s'exercent, où ils mettent au point, où ils réalisent eux-mêmes leur propre formation ; école essentiellement active, agissante, réalisatrice, avec ses enquêtes, ses réalisations, qui inculquent un sens social, un esprit social, une conduite sociale, beaucoup plus prenante que toutes les leçons et tous les cours qui laissent les auditeurs passifs et inactifs ; école qui leur révèle la beauté, la grandeur de leur humble vie de jeunes travailleurs, qui les exalte, et opère dans toute leur vie cette unité indispensable qui leur donne avec la force de la conviction et du caractère, la fierté de leur vie chrétienne, apostolique et rayonnante ; école qui transforme leur vie de jeunes travailleurs en un sacerdoce laïc et en un apostolat laïc dont la fécondité étonne et ravit tous ceux qui en sont les témoins.


Un service

SERVICE CONCRET, pratique, méthodique qui pour tous les besoins de leur vie de jeunes travailleurs apporte l'aide, le secours, l'assistance nécessaires afin que l'effort demandé soit adapté à leur âge, à leurs possibilités ; service pour tous les aspects de leur vie : vie intellectuelle, morale, spirituelle, professionnelle, récréative.


Un corps représentatif

CORPS REPRESENTATIF qui au nom de toute la jeunesse ouvrière fait les démarches, présente les requêtes, agit sur l'opinion publique et crée les conditions nécessaires et favorables au relèvement intégral de toute la jeunesse ouvrière.

Ecole, service, corps représentatif, qui croît en une organisation puissante, capable d'attirer, d'inspirer confiance, de galvaniser, d'enthousiasmer les jeunes travailleurs et les familles ouvrières ; qui soit capable d'influencer le milieu, les parents, la classe ouvrière, l'opinion publique, les autorités publiques et privées ; qui sache surtout inspirer aux jeunes travailleurs les sacrifices, les efforts, les conquêtes nécessaires pour la révolution spirituelle et morale qu'elle veut engendrer.

Cette organisation de jeunes travailleurs, pour avoir l'efficacité, le dynamisme, l'autorité, le prestige, la puissance voulus devra être :


Autonomie

a) Autonome : dirigée par des jeunes travailleurs, propagée par eux, édifiée, réalisée, payée par eux. Son organisation, sa doctrine, sa direction, ses services, ses compagnons devront bien être les leurs. Localement, régionalement, nationalement, c'est de leur mouvement qu'il s'agit, dont ils ont la responsabilité. Organisation libre et volontaire, imposée ni par l'Etat, ni par l'Eglise ; plus elle appartient aux Jeunes Travailleurs, plus elle s'identifie avec eux, et s'adapte à eux, mieux elle exprime leurs besoins et leurs aspirations, parle leur langage et incarne leur idéal, mieux elle les défend et les forme, et plus elle est efficace pour l'Eglise, pour le Pays, pour la classe ouvrière, contre les fausses mystiques, le paganisme et l'athéisme.


Unité

b) Nationale : dans son organisation, sa direction, sa vie, son action, ses services, ses réalisations pour pouvoir résoudre tous les problèmes, tous les besoins des jeunes travailleurs. Unité et discipline nationales, avec des fédérations régionales et ses sections locales, librement et volontairement mais étroitement et intégralement unies entre elles et au centre national. Devant pouvoir agir sur tous les aspects de la vie laïque des jeunes travailleurs, aspects personnel, familial, professionnel, récréatif, physique, social, civique, elle doit constituer une force dans le pays, s'adaptant le plus étroitement possible à la situation même, aux institutions, aux mœurs du pays.

c) Tout en étant nationale, elle sera mondiale d'esprit, d'aspiration et de relations, voulant avec toutes ses organisations soeurs de tous pays, de toute langue et de toute race, constituer le front mondial de l'apostolat catholique, qui contre les erreurs et les dangers veut la conquête d'une jeunesse nouvelle pour un monde nouveau. Conquête positive, réalisatrice et nullement négative ; conquête éminemment pacificatrice et réconciliatrice.


Caractère hiérarchique

d) Cette organisation sera hiérarchique, en tout, pour tout, sans condition, soumise à la Hiérarchie. Institution publique, officielle, mandatée par l'Episcopat, elle participe dans l'Eglise, à l'apostolat de la Hiérarchie, sous sa direction, sous son contrôle, avec son autorité.

L'organisation des jeunes travailleurs n'est donc pas un parti politique, ni syndical, ni une association privée, purement temporelle, le but particulier ou personnel. Elle est la forme du laïcat d'Action Catholique adaptée au problème de l'adolescence et de la jeunesse salariée, forme authentique, comme dit le Saint-Père, type achevé de l'Action Catholique.

C'est cette organisation que veut être la J.O.C. dans tous les pays où elle est admise par la Hiérarchie.


Masse et Elite


Masse

La J.O.C. est donc par définition, par son but, par sa composition et par ses méthodes, une organisation de masse. Elle veut influencer, conquérir la masse, transformer la vie de la masse, rechristianiser le milieu de la masse, répondre aux besoins de la masse.

La J.O.C. veut agir dans la masse, parmi la masse, dans le milieu où vit et travaille la masse.

La J.O.C. n'agit donc pas à distance, à l'écart, loin de la masse. Elle n'éloigne pas de la masse, ne déracine pas de la masse, ne forme pas des exilés de l'intérieur. Elle n'agit pas dans des locaux fermés, des milieux artificiels, des tours d'ivoire. Elle ne donne pas un esprit de chapelle, un esprit de clan.

Vie, milieu, masse restent les trois pierres de touche qui ne trompent jamais sur la vraie J.O.C.


Elite

Et pourtant, si la J.O.C. est une organisation de masse, parce qu'elle est une organisation de masse, elle est également et essentiellement une organisation d'élite, une école de chefs, de dirigeants, de militants, d'apôtres. Une école complète, et intégrale, formant aux plus hautes exigences et aux plus hauts sommets de la vie spirituelle, ascétique, morale, apostolique, sociale et politique.

L'apostolat dans la masse est un apostolat difficile, dangereux. II exige une formation profonde et persévérante, capable de résister à toutes les tentations, toutes les séductions, toutes les brimades, toutes les persécutions et surtout tous les insuccès et toutes les déceptions.

Mais de nouveau, pas une élite en marge de la masse, éloignée de la masse, étrangère et parfois hostile à la masse.

Non, le levain dans la pâte, le sel dans In nourriture ; pas à côté, pas il distance, mais à l'intérieur, mais dedans.

Le levain pour la pâte, pour la transformation, pour le relèvement, pour le salut de la pâte.

L'élite appartient à la masse, au milieu, au niveau de la masse, travaillant, agissant, militant dans la masse, dans le milieu de la masse, dans la vie de la masse.

Et la J.O.C. doit être par toute son organisation, toute son action, toute sa formation, par tous ses services, par toutes ses réunions, par toutes ses réalisations, une école de chefs, une école pour l'élite. Une école locale, régionale et nationale.

Certes, elle a des publications, des méthodes spéciales pour la formation de ces chefs :

localement, ses cercles d'études, ses réunions de comité ;

régionalement, ses conseils régionaux, ses journées d'études, ses récollections et ses retraites ;

nationalement, ses conseils nationaux, ses comités nationaux, ses semaines d'études.

Mais toutes ces réunions, toutes ces publications ne sont que des amorces, des mises au point pour la véritable formation du chef, qui est son action sur les membres, sur les jeunes travailleurs, par toute l'organisation et l'action jocistes, mais surtout dans toute la vie, dans tout le milieu, auprès de la masse des jeunes travailleurs.

On est chef, dirigeant, militant, apôtre, plus par ce qu'on est, par ce qu'on fait — par ses pensées, ses sentiments, sa vie, sa conduite que par toutes les paroles, toutes les fonctions, tous les titres dans l'organisation, les réunions, loin de la vie et du milieu de la masse.

Ce sont les dirigeants et les militants qui sont les vrais chefs de la J.O.C., avec toutes les responsabilités, toute l'autorité, toutes les initiatives de vrais chefs.

Tant valent les chefs, les dirigeants et les militants, tant vaut la J.O.C., localement, régionalement, nationalement.

Chefs pour tous les âges, tous les services, tous les milieux ;

chefs de 20 à 25 ans, de 17 à 20 ans, de 14 à 17 ans ;

chefs à la section, à l'usine, au bureau, à la caserne, dans le quartier ;

chefs pour la vente des journaux, pour la propagande syndicale, pour les finances, la récréation.

La formation des chefs, dirigeants et militants est la condition essentielle de l'apostolat jociste. Ils ne peuvent pas être formés en serre chaude, à côté du mouvement, mais par et dans le mouvement. Ensemble, chefs locaux, régionaux et nationaux, ils forment l'Etat-Major de l'unique, de la grande J.O.C., unis les uns aux autres par un grand esprit de corps, une grande amitié surnaturelle, une émulation généreuse qui se manifeste d'une façon émouvante dans les Semaines d'études, les Congrès, les grandes manifestations jocistes.


Rôle de l'Aumônier

L'aumônier n'est évidemment pas dans la J.O.C. le chef, le dirigeant, le militant laïc ; il n'y exerce pas un apostolat laïc, il n'y remplit pas une fonction laïque. Il ne peut pas remplacer, ni paralyser les chefs, les dirigeants et les militants laïcs.

Cette remarque est essentielle, elle est la condition de la véritable Action Catholique. Nous disons souvent à nos confrères : « A la porte de toutes les usines, de tous les ateliers, de tous les bureaux, se trouve une plaque : entrée interdite ». Pour avoir là des missionnaires, des apôtres, des conquérants ; pour que, eux laïcs, ils puissent parler, agir, avoir de l'influence et de l'autorité sur leurs camarades ; pour qu'ils osent se compromettre et sachent s'y exprimer et s'y conduire en apôtres, il faut qu'ils l'aient compris, qu'ils s'y soient entraînés, à la tête de la J.O.C., localement, régionalement, nationalement.

L'Eglise n'aura jamais des apôtres laïcs, ne reconquerra jamais la vie, le milieu, la masse laïque, si, à la tête de l'action catholique elle n'a pas formé des chefs, des dirigeants, des militants, des apôtres.

L'aumônier n'a donc pas à lui seul toute l'autorité, toute la responsabilité, toute l'initiative. Sinon, il n'y a pas d'Action Catholique. Celle-ci est une école, un service, un corps représentatif, qui apprend, confie aux laïcs, une autorité, un mandat, une fonction qui doivent être réels, effectifs, irrécusables. Pas de titres, pas du camouflage, de la réalité.

L'aumônier, par contre, n'a pas qu'un rôle de formation spirituelle, doctrinale, de fonction spécifiquement et exclusivement religieuse, comme les leçons religieuses, la direction spirituelle.

L'aumônier est à tous les stades de l'organisation — national, régional ou local — le représentant de la Hiérarchie. Il donne à toute l'organisation, à toute l'Action, à toute la formation son cachet, son caractère d'Action Catholique. Il y est responsable de ce caractère, de cet esprit et y veillera à toute l'organisation, à toute l'action, à toute la formation, telle que l'exige l'institution nationale voulue par la Hiérarchie. Rien de ce qui intéresse l'organisation — même son administration et ses finances — ne lui échappe. Il a la garde et le contrôle de tout.

Il est surtout comme prêtre, celui qui aide à découvrir, à susciter, à éveiller et à épanouir les vocations jocistes et qui aide sacerdotalement à la formation intégrale des dirigeants et des militants. Dépositaire de la personne, de la grâce et de la doctrine du Christ, c'est lui qui la fera entrer dans la vie, dans la conduite, dans l'apostolat de ses militants et de toute l'organisation.

L'aumônier est surtout à sa place, le gardien, le soutien de tout l'ensemble de la J.O.C., élargissant continuellement l'horizon des militants et des membres à tout le champ d'action de la J.O.C. : la conquête de toute là jeunesse ouvrière, et de tout le pays, et du monde entier.

Si nous disons : « Tels dirigeants, telle J.O.C. », on doit dire aussi : « Tel aumônier, tels dirigeants, tels militants, telle J.O.C. ». « In manibus vestris sortes meae » a l'habitude de dire le Saint-Père en parlant des aumôniers.

Jamais dans l'histoire de l'Eglise, la paternité spirituelle du prêtre n'a été exaltée comme par l'Action Catholique ; c'est au prêtre à donner et à multiplier dans l'Eglise des apôtres laïcs sans lesquels la reconquête du monde laïc est impossible. C'est à lui à susciter et à épanouir contre le laïcisme destructeur, le laïcat sauveur de la civilisation chrétienne.


Prévenir les déceptions

Besogne admirable que celle de l'aumônier d'Action Catholique en général, de l'aumônier jociste en particulier. Besogne difficile, lente, qui exige une patience et une persévérance, capables de résister a toutes les déceptions et à tous les insuccès, et capable de tous les renoncements. L'aumônier doit rester le plus jeune parmi la jeunesse ouvrière : le plus jeune par la foi, par l'espérance et par la charité ; le plus jeune par l'enthousiasme et par l'optimisme. Tous les vrais aumôniers jocistes sont d'accord pour dire que la J.O.C. les a merveilleusement enrichis ; plusieurs avoueront qu'elle a transformé totalement leur apostolat et leur vie sacerdotale.


Révolution jociste

C'est que la J.O.C. a révélé dans la jeunesse ouvrière des ressources, des richesses insoupçonnées. Quelle révolution dans la vie de nos militants et de nos dirigeants ! Quelle nouvelle conception du travail, de l'amour, de la jeune fille, de la famille, de la vie ! Quelle découverte, quelle révélation pour tous que la compréhension de la valeur apostolique de leur vie, de leur travail, de leurs fréquentations ! Quelle transformation dans leurs pensées, leurs sentiments, dans leurs journées, dans toute leur vie ! La signification religieuse, apostolique de leur humble vie de travailleurs et de travailleuses est pour la plupart un véritable retournement. C'est vraiment une jeunesse nouvelle, ce sont des fiançailles nouvelles, des foyers nouveaux, des familles nouvelles, des milieux de travail nouveaux. L'impression et l'influence déjà produites sur la classe ouvrière et sur toute la société dépasse toutes les prévisions et toutes les espérances.


Contre les fausses mystiques

Et surtout comme l'expérience confirme cette vérité évidente ! Contre toutes les fausses mystiques, contre le communisme athée, contre le nationalisme païen, contre le matérialisme jouisseur, la vraie solution est ici : Rendre à la vie toute sa valeur divine, rendre à l'homme sa vraie vocation divine. Lui donner cette conception intégrale de la religion, de l'Eglise, de l'apostolat qu'il a à exercer dans le plan divin. Mais ne pas se contenter de paroles, de phrases, de discours ; le réaliser. Mettre sur pied cette chrétienté nouvelle, positive, conquérante, qui met de l'unité dans la vie personnelle, familiale, sociale, nationale et internationale en imprégnant tout d'une âme religieuse. Et pour cela, organiser le laïcat. Quel contrepoison, quelle immunisation, quelle apologétique ! L'âme de vérité qui attirait dans toutes les erreurs modernes n'a plus d'emprise, parce qu'elle se retrouve, combien plus belle et plus totale, dans l'Action Catholique, qui est le vrai moteur, le vrai dynamisme, la vraie mystique, qui dépasse et confond toutes les fausses mystiques.


Un monde nouveau

A cette heure décisive où les deux conceptions du monde et de la vie s'affrontent dans le duel le plus tragique de l'histoire, quelle joie et quelle espérance de voir s'étendre, s'élargir et s'approfondir le front catholique mondial de la J.O.C. !

Nous vivons à une époque de faux~messianisme, prêt à tous les extrémismes et à toutes les persécutions ! Fasse Dieu que l'année 1938 ne nous rapporte plus les horreurs d'une nouvelle mêlée sanguinaire, qui nous conduirait à une nouvelle barbarie ! Pour prévenir la guerre ou pour reconstruire sur les ruines un monde nouveau, la J.O.C. mondiale aura son rôle providentiel à jouer.

Puissions-nous nous unir toujours davantage autour du Souverain Pontife, autour de Nos Seigneurs les Evêques pour la formation et l'expansion de cette jeunesse ouvrière nouvelle, messagère de la justice et de la charité, gardienne de la paix, constructrice d'un monde nouveau sous la Royauté du Prince de la Paix, l'enfant divin de Bethléem, le Roi éternel des siècles, le Christ-Ouvrier !



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