Le dimanche, 19 avril



LE DIMANCHE, 19 AVRIL 



A 7h30, les délégués se retrouvèrent en la chapelle Saint-Paul. Au cours de la messe dialoguée, M. l'abbé Belpaire, directeur diocésain des œuvres sociales de l'archevêché de Malines, prononça un sermon très vibrant sur " la Foi vivante et agissante qui doit faire la grandeur de notre vie et de notre organisation ". Après la consécration, M. l'abbé Cardyn distribua la Communion à tous les délégués, qui, avec toute l'ardeur de leur âme, s'unirent à Jésus-Hostie pour demander la grâce de pouvoir s'immoler avec Lui pour le salut de la classe ouvrière. 

A la fin de la Messe, le De Profundis fut récité pour le repos de l'âme de notre ami R. Pironnet, tué à son travail. 



LA SECONDE SEANCE DU CONGRES 

A 9h15, Tonnet ouvre la séance en souhaitant la bienvenue aux nouveaux arrivés et leur demande d'imiter dans les discussions, la franchise cordiale du samedi. Il donne lecture des télégrammes du R.P. Perquy, de la J.O.C. de Verviers, de Maurice Dôme, de la section de Fléron, du groupe de propagande de l'A.C.J.B. de Bruxelles-Sud. 

La parole est donnée à M. l'abbé Cardyn. (Page 21) 



Le programme général 

M. l'abbé Cardyn. - Hier soir, nous avons adopté nos statuts en leur ·donnant le dernier coup de pouce; ils constituent la charte de notre mouvement, la loi qui régit notre organisation, et nous avons ratifié nos règlements qui fixent les points de détail 'de l'organisation générale. Que la discipline soit de plus en plus la carac-téristique de notre mouvement qui doit être com-me une armée; recevant et exécutant des mots d'ordre ! (Appl.). 

Hier soir, votre Comité National, élu par vous, s'est réuni en première séance. Ce' sont ses, membres qui doivent porter la responsabilité de notre mouvement. Je suis votre interprète auprès d'eux pour leur témoigner en votre nom l'attachement le plus parfait et la confiance que vous avez en eux dès ce jour. (Appl.). 

Il faut que ce matin nous adoptions notre programme. Il doit 'devenir un drapeau que nous allons déployer à travers la Belgique. Que chaque délégué prenne l'engagement 'd'étudier ce pro-gramme. 'Demain, devant les autorités publiques de notre pays, vous devrez pouvoir attester qu'il y a un programme général adopté par la Jeu-nesse Ouvrière pour son relèvement et pour son émancipation réelle. 

Notre programme n'est pas une proclamation lancée contre les socialistes, ni contre les communistes; ce n'est pas non plus un programme négatif, mais bien positif, pour des revendications positives. Il faut qu'on puisse comparer programme à programme. Il faut que nous, Jocistes, nous puissions dire demain, de notre programme, qu'il est le plus beau, le plus grand, que c'est le manifeste le plus impressionnant pour la sauvegarde des droits des jeunes travailleurs, Il constitue le moyen le plus approprié pour la (Page 22) protection des premières années de vie du travailleur. (Appl.). 

La J.O.C. ne ressemble pas, comme quelques-uns à tort le pensent, à une Fédération de gymnastiques ou de dramatiques. Non. La J. O. C. est un groupement social, qui doit servir à' l'organisation sérieuse, normale, de notre société. 

L'industrie, le commerce et la finance, toute notre vie économique moderne a besoin d'une organisation sociale de jeunes travailleurs, qui puisse dans toutes les difficultés se mettre au service des jeunes travailleurs, qui constitue dans notre société une force qui puisse obvier aux difficultés, aux tentations, aux causes de déchéance, aux causes d'exploitation auxquelles sont expo-sés les jeunes ouvriers. 

Il faut que vous compreniez que la J.O.C. se distingue de l'A.C.J.B., en ce que la J. O. C. applique d'une façon concrète les grands principes d'action catholique aux besoins des jeunes travailleurs. A côté du point de vue religieux, nous avons un programme de relèvement social du jeune travailleur. Il faut de plus en plus que vous sachiez prouver par l'étude de votre pro-gramme que sa réalisation exige une organisa-tion autonome conduite par les jeunes travailleurs. La J. O. C. forme donc dans l'ensemble de 'la Jeunesse catholique, un département voulant adapter aux réalités de la vie des jeunes travailleurs le grand programme de la sociologie chrétienne. (Vifs appl.). 

Permettez-moi de rencontrer dès le début de cette discussion au cours de laquelle tout le monde "doit dire son avis, des objections faites à notre 'programme. Si vous ne voulez pas le programme, rejetez-le, mais il faut absolument qu'il soit fait selon les exigences de votre vie. Une première objection est celle-ci : Le programme général ne peut être exécuté par les jeunes travailleurs (Page 23) seuls. Je réponds : en vérité, nous le reconnaissons; si les jeunes travailleurs ne constituaient que leur seule organisation, s'ils devaient par leur seule force réaliser ce programme de revendications, de défense; oui, la J. O. C. est incapable de le faire. 

Mais la J. O. C. a le devoir de proposer à l'organisation générale de la classe ouvrière chrétienne, dont elle est un organe, à la Ligue des Travailleurs Chrétiens, à la Confédération des Syndicats, à l'Alliance des Mutualités, à toutes ces organisations, quels sont ses points de vues, ses désirs pour ce qui regarde la vie, le travail et les besoins des jeunes travailleurs. 

On a reproché au programme général d'être sur certains points extrémiste. Il y en a qui l'ont caractérisé comme teinté de socialisme. Je réponds : Nous ne regardons ni le parti socialiste ni le communisme mais l'âme et la destinée de nos jeunes travailleurs, de nos jeunes ouvriers chrétiens. Pour que cette âme puisse s'épanouir, il faut que toutes les revendications puissent, lentement, méthodiquement, mais énergiquement se poursuivre; parce que leur âme n'est pas in-dépendante de leur corps, que leur vie spirituelle est liée à leur vie de travail, que pour nous l'âme d'un apprenti, d'une apprentie vaut autant que l'âme d'un enfant de millionnaire. (Appl.). 

Comme base de notre programme, comme fondement de nos revendications, comme source d'éducation, nous posons solennellement le grand principe de la responsabilité sociale. 



Discours du R. P. Rutten. 

Le R. P. Rutten entrant à ce moment dans la salle est acclamé par tout le Congrès et prend place au Bureau, Tonnet lui souhaite la bienvenue en l'assurant des sentiments de profonde (Page 24) gratitude que les jeunes ouvriers chrétiens d'aujourd'hui ont pour lui, qui fut le courageux promoteur du mouvement syndical chrétien dans notre pays. 

Le R. P. Rutten. - Je suis vraiment navré de me trouver dans l'impossibilité d'assister à vos travaux au cours de ce Congrès, mais avant de partir pour la Hollande, je tiens à vous apporter. 

Ici, le salut enthousiaste de vos " aînés ". Vous êtes notre espoir, notre réconfort, notre orgueil. Ce que nous avons pu faire, nous l'avons fait pour vous, vous qui devez creuser le sillon que nous avons tracé dans des terres ingrates. 

Au cours de cette journée, vous recevez bon nombre d'enseignements et de conseils, mais qu'il me soit permis de vous en donner un seul : Je voudrais que vous fussiez tous imprégnés de cette vérité, qu'il faut accroître en vous la connaissance de N.-S. Jésus-Christ. Après avoir été l'espoir des siècles passés, Il reste le signe de contradiction des temps présents. On est pour ou contre Jésus. Les jeunes gens qui pensent que l'Evangile n'est écrit que pour les prêtres et les religieux, et qui ne prennent pas la peine de lire et de relire les paroles de Notre Seigneur, ces jeunes gens-là ont une foi qui est assise sur des sables mouvants. Je n'obtiendrais de vous que cette promesse de lire quelques pages de l'Evangile au moins tous les dimanches, je m'en irais heureux, car l'amour du Christ grandirait en vous, et cet amour du Christ vous défendrait mieux que toutes les discussions, que toutes les répliques. 

C'est au Christ qu'il faudra penser demain, lorsque vous vous sentirez seul à aimer, à défendre. Votre mission est sublime. Que ce soit en Lui et avec Lui que vous luttiez! 

Il faut évidemment vous attendre à beaucoup à de difficultés, beaucoup de déboires, de désillusions. Je dis : tant mieux! Ce n'est pas à vous (Page 25) qu'il faut le dire un monde sans dangers, sans contradictions, est un monde morne. Le monde où nous sommes veut des tempéraments forts, des lutteurs de première force, des sacrifices qui rendent la vie digne d'être vécue. Dieu l'a voulu. C'est précisément des sacrifices, des adversités que l'Eglise tient sa force au milieu de la lutte, det si nous sommes chrétiens aujourd'hui, n'oublions jamais que nous le devons à tous ceux qui ont souffert et qui sont morts pour que le Christianisme vive. 

Mes amis, nous avons depuis plus de 25 ans espéré une chose, qui enfin se réalise en vous : avoir une jeunesse chrétienne organisée qui sente la grandeur de notre doctrine sociale. Notre vie, qu'elle soit obscure ou glorieuse, ne vaut que par la cause qu'elle nous aurons servie et à laquelle nous nous sommes donnés. Après nous il ne reste que la vérité que nous aurons montrée aux autres. 

Mes amis, nous comptons sur vous. (Appl. nouris.). 

Une pause de quinze minutes permet aux congressistes de souffler... On en profite pour signaler au Bureau la présence dans la salle de M. l'abbé Six, Directeur des œuvres sociales du Nord, et du R. P. Danset, de l'Action Populaire à Paris. 

Après les souhaits de bienvenue, la parole est continuée à M. l'abbé Cardyn : 



Le programme général (suite). 

M. l'abbé Cardyn. - Le libéralisme a fait disparaître dans notre société l'idée de responsabilité. 

Le socialisme n'admet pas cette idée basée sur une morale qui tient compte des destinées éternelles des ouvriers. Les socialistes disent : " Ou- (Page 26) vriers, vous êtes les plus nombreux, les plus forts; unissez-vous et vous imposerez votre volonté. " 

C'est pour cela, que la J. O. C. commence par mettre à la base de son programme l'idée de responsabilité sociale. Nous disons : les travailleurs ont une destinée éternelle, il n'est pas possible de séparer l'âme du corps ni du milieu social dans lequel ils vivent. Parce que les jeunes travailleurs, par leur âge, par leur inexpérience juvénile, sont exposés à deux points de vue : à cause de la mauvaise organisation du travail et à cause de leur manque de formation; ils sont plus me-nacés que les ouvriers adultes de se perdre. 

Et alors nous concrétisons la J. O. C. veut d'abord rappeler aux parents les devoirs qu'ils ont vis-à-vis de leurs enfants, dont ils sont responsables en conscience, devant Dieu. 

La J. O. C. dit aux patrons halte-là, il ne suffit pas de payer un salaire. Le travailleur a une âme qu'il a le devoir de sauver. En acceptant ce jeune travailleur dans votre usine, dans votre atelier, dans votre bureau, que vous le vouliez ou que vous ne le vouliez pas, vous êtes responsable de sa déchéance morale, intellectuelle et religieuse si vous n'avez pas pris toutes les précautions nécessaires pour empêcher cette déchéance. 

Aux pouvoirs publics, aux autorités sociales, nous disons : du fait de votre mandat, vous avez les responsabilités réelles vis-à-vis des jeunes travailleurs. 

Vous, administration des chemins de fer, vous devez protéger les jeunes ouvriers sur les trains, dans les gares, sur les quais. Vous êtes responsable des déchéances et de la dégradation morale qui sont la suite de notre manque de surveillance. Vous, autorités publiques de tous les degrés, vous êtes responsables des déchéances qui sont la suite des provocations publiques à l'immoralité que vous tolérez. (Appl.). 

(Page 27) Et nous ajoutons : pratiquement, les parents, à l'heure présente, les patrons, l'Etat, les autorités sociales sont impuissants à assumer seuls la tutelle, la formation, la protection des jeunes ouvriers. si les jeunes travailleurs restent éparpillés, sans organisation, qui puisse elle-même parler et agir, soit dans les trains, soit dans les usines, dans toutes les circonstances qui intéressent la vie et l'avenir des jeunes travailleurs. 

La J. O. C., d'autre part, a aussi ses responsabilités sociales, d'où découle son rôle éducatif. 

Notre programme contient tout un ensemble de réformes qui regardent la vie professionnelle des jeunes travailleurs. 

Nous demandons, au point de vue moral comme au point de vue religieux, que l'éducation scolaire tienne compte de la vie professionnelle future de l'élève, qu'il soit tenu compte de la valeur du travail, et qu'on en développe l'idée chrétienne, cela nous amène à lutter contre la neutralité scolaire. 

Au point de vue professionnel, l'école doit permettre aux élèves qu'on puisse les aider dans : a) le choix du métier; b) dans le choix d'un patron. 

Pendant les derniers mois de l'année scolaire, il faut que l'activité des sections de J. O. C, s'oriente vers la propagande dans les écoles en vue du recrutement des jeunes apprentis avant l'entrée au métier. 

M. l'abbé Cardyn résume alors d'une façon succincte tous les articles relatifs à la stabilité du travail, à l'apprentissage et à l'enseignement professionnel, à la sécurité du travail, à l'hygiène et à la propreté, à la pudeur au travail, à la durée du travail, au travail de nuit et du dimanche, aux travaux pénibles et dangereux, au salaire des adolescents et à la situation des jeunes employés.

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